mercredi 19 octobre 2011

Pour tous les pêcheurs grands et petits un extrait du "Livre de cuisine d'Alice TOKLAS" ... Où la cuisinière doit trucider le poisson ...

Le Livre de cuisineEXTRAIT choisi , p44


"C'est donc à cette époque que le meurtre dans la cuisine a commencé.
La première victime fut une carpe frétillante apportée à la cuisine dans un panier couvert d'où rien ne pouvait s'échapper. Le pêcheur qui me la vendit dit qu'il n'avait le temps ni de la tuer, ni de l'écailler ni de la nettoyer, et ne voulut pas non plus me dire par laquelle de ces horribles nécessités l'on commençait. Il n'était pas difficile de savoir laquelle était la plus répugnante. Au meurtre donc, et en vitesse, pour en finir. Sur les quais de Puget Sound, j'avais vu des pêcheurs saisir un énorme saumon par la queue et, après l'avoir souleyé bien haut, l'abattre sur le quai avec assez de force pour le tuer. Evidemment, je n'étais pas un pêcheur, ni la table de la cuisine un quai. Ne devrais-je pas régler son compte à ma première victime par un bon coup de maillet sur la tête ? Un coup d'œil appréciateur au vigoureux poisson m'assura qu'il résisterait aux essais dirigés contre sa tête. Un grand couteau me parut le choix classique, le choix parfait, si bien que, saisissant la mâchoire inférieure de la carpe de la main gauche — bien enveloppée d'un torchon, car les dents pouvaient être coupantes — et le couteau de la main droite, j'ai soigneusement, délibérément, cherché la base de la colonne vertébrale et y ai plongé le couteau. J'ai relâché mon étreinte et regardé pour voir ce qui s'était passé. Horreur suprême. La carpe était morte, tuée, assassinée au premier, second et troisième degré. Chancelante, je me suis effondrée dans un fauteuil ; avec mes mains encore souillées, j'ai cherché une cigarette, l'ai allumée et puis j'ai attendu que la police vienne m'arrêter. Après la deuxième cigarette, j'avais repris courage et je suis allée préparer cette pauvre Madame Carpe pour le dîner."

En lien avec Alice TOKLAS :


Matisse, Cézanne, Picasso... L’aventure des Stein

5 octobre 2011 – 16 janvier 2012

Alice TOKLAS,  témoigne d'une époque bouillonnante car "Comme Gertrude Stein, elle a vécu la révolution artistique du début du siècle et la maison qu’elles ont habitée un certain temps, rue de Fleurus, a été le salon où se rencontraient Picasso, Braque, Matisse, Apollinaire, Max Jacob, Hemingway et Fitzgerald.
Dans ce Livre de cuisine, elle raconte les soirées qu’elles passaient chez leurs amis, à Paris ou à la campagne, elle parle de son émerveillement devant les plats qui leur étaient servis et de la façon dont les tables étaient mises, de leurs voyages gastronomiques à travers la France comme s’il s’agissait de la célébration d’un rite joyeux auquel elles étaient admises.
Le Livre de cuisine n’est cependant pas un livre de recettes. En effet, si pour Gertrude Stein comme pour Alice Toklas, la cuisine est au centre de leur vie et de leur œuvre, c’est comme un prétexte comme une expression de la France par opposition à l’Amérique.
Les éléments narratifs et anecdotiques illustrant la vie de Gertrude Stein, d’Alice Toklas et de leur entourage se mêlent à la copie de recettes de cuisine recueillies de la bouche de Gertrude Stein ou d’amis gourmands. Ainsi l’on peut savoir comment préparer les plats préférés de la Princesse de Rohan, de Picasso ou de Pierre Balmain. On découvre également qu’il y a un moyen d’écrire une recette de cuisine autrement que dans un livre classique." notes de l'éditeur "Les éditions de Minuit".


Alice Toklas
Le Livre de cuisine
Traduit de l’anglais par Claire Teeuwissen
Préface de Françoise Collin,
1981 Collection « Griff »Réimpression avec un index des recettes, 1999274 pages, 15 €
ISBN : 2.7073.1692.X
EAN13 : 9782707316929

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Super texte ... et belle expo à Paris, à+Camille